Aujourd'hui, votre serviteur s'est enfin offert 100th Window de Massive Attack. Il y a des disques comme ça, dont on se demande si on finira par les acheter un jour. Voilà plus de six ans que j'aime cet album, six ans que je repousse son achat. Ca a été le coup de foudre à la première écoute, ce que les chroniqueurs musicaux tendent à nommer "la baffe". Il a squatté mon premier iPod pendant des années, il a bercé mes trajets au lycée, puis à la fac. Il a tout accompagné : des orages comme des accalmies, des matinées, des soirées, des hauts et des bas. Je crois que je le connaissais trop bien pour franchir le pas : si je l'achetais, je n'aurais aucune surprise. Pourtant, à mes yeux, il s'agit du meilleur Massive Attack. J'imagine bien que certains jugeront cette affirmation scandaleuse, préférant le son plus nettement trip-hop d'un Mezzanine. Il est vrai que 100th Window a l'air à part dans la discographie du groupe. La sortie prochaine d'Heligoland, le prochain album, dira si Massive Attack est retourné au son de ses débuts. Avec 100th Window, le propos est plus éthéré et moins sensuel que sur les précédents opus.
Il y a aussi sur cet album un parfum de dub indéniable, des airs de post-rock et des beats implaccables. La rencontre sonore est plus subtile que les étiquettes : la production est si soignée qu'elle ne choquerait probablement pas un amateur de rock, peut-être plus attaché à des sonorités proches des vrais instruments. Pour autant, les bricolages électroniques sont omniprésents, toujours en finesse. Massive Attack a composé là une bande-son de la modernité, qui colle à l'air du temps sans pour autant courir le risque de devenir ringarde. Les archétypes du trip-hop sont camouflés, c'est sans doute ce qui peut décevoir, mais cela rend 100th Window "musicalement œcuménique". Ce disque magnifique ne coûte pas grand chose : on le trouve à 10€ en "coffret" avec Protection, un autre album de Massive Attack. Je me demande bien pourquoi j'ai attendu tout ce temps.




