lundi 8 octobre 2012

Made in France.

Il fut une époque où le sport favori des groupes de metal français était de percer suffisamment pour pouvoir enregistrer chez un producteur de renom, c'est-à-dire étranger. L'on courait alors les signatures célèbres, dans l'espoir que quelque Colin Richardson révélerait instantanément un concurrent sérieux des plus grandes formations américaines. Aujourd'hui, alors que la musique physique rapporte de moins en moins d'argent, le Graal du prestigieux nom anglo-saxon accolé à une production française semble hors de portée pour la plupart des groupes.

Fort heureusement, l'on sait aussi, dans nos contrées, faire des disques. A quoi bon faire jaillir les dollars pour un producteur Yankee quand il est possible d'obtenir des résultats étonnants avec des talents locaux? Gojira, dès 2005, a prouvé avec son extraordinaire From Mars To Sirius qu'il était possible de rivaliser avec les meilleurs avec du "fait maison". Les très délirants Ultra Vomit ont donné à leurs farces une qualité enviable en travaillant au Drudenhaus Studio. Dans ce plaidoyer pour le produire en France que ne renierait pas un homme politique en mal de vernis patriotique, il faut aujourd'hui ajouter le ConKrete Studio, sis à Bordeaux.



L'homme qui y opère se fait appeler Mobo et son nom circule, depuis quelques années déjà, nimbé d'une réputation positive. Il se trouve que deux disques récents qui viennent de croiser le chemin de l'auteur de ces lignes sont passés entre les mains de ce nouveau pape du metal hexagonal. Le premier est le nouvel album de Eryn Non Dae, Meliora. Notre héros s'était déjà chargé du son du précédent effort de ces Toulousais, l'excellent Hydra Lernaia. Sur ce nouvel opus, le groupe a poussé très loin sa subtile brutalité. Les ambiances y sont particulièrement travaillées, si bien que les riffs en forme de barrage d'artillerie ne sont que la partie émergée de l'iceberg sonore. Certains auraient eu la tentation de pousser les guitares en avant, mais c'est par un paradoxe génial que Meliora se distingue. Rarement ce genre de musique aura été autant porté par la basse, traditionnel parent pauvre voué à s'effacer humblement derrière les prouesses des chevaliers de la six-cordes. Eryn Non Dae invente un groove d'une puissance et d'une finesse telles que l'on se demande ce qu'attendaient les groupes qui s'inscrivent dans la même filiation stylistique.



Autre production toute récente frappée du sceau du ConKrete Studio, Illuminatis de Naïve. Sur ce disque, le rôle de Mobo s'est cantonné au mastering. Et pourtant, l'album est une autre preuve que le metal hexagonal n'a plus besoin de se draper dans des stickers vantant la présence d'une célébrité à quelque étape du processus créatif. Le groupe toulousain, qui avait livré il y a trois ans un convaincant premier effort, a mûri son concept. Sur Illuminatis, la rencontre du trip-hop et du metal, que l'on aurait pu penser baroque, paraît naturelle. Les compositions ont progressé en habileté. Le son, ample, puissant, sans complexe, vient chercher l'auditeur. Les arrangements approfondissent considérablement le registre émotionnel. Naïve n'a rien d'un attelage branlant, c'est un ensemble solide qui fonce avec assurance vers son but artistique. La liberté qui émane de cet Illuminatis laisse espérer un long et fructueux parcours. Car tout indique que ces trois gars ne sont qu'au début de leur voyage.


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